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02/09/2013

Syrie: De quoi nous mêlons-nous? Mais pire encore: La France: vive le Roi?

Il y a eu la 1ère République, puis la 2ème..... Et nous en sommes à la 5ème! Et aujourd'hui, nous sommes en train de revivre des moments similaires à ce que nous n'avions plus vu depuis fort longtemps! 1 homme va décider pour nous tous? De quel droit? D'aucun si ce n'est de celui qu'il s'est lui-même attribué, usant de prétextes que lui seul peut comprendre! Mais faisant dans tous les cas fi de la plus élémentaire des démocraties, et fi aussi du respect qu'il doit à tous ses concitoyens, et des comptes qu'il a à rendre à la Nation, précepte de base d'une démocratie!

Et analysant objectivement la situation, quel avantage pourrions-nous tirer d'engager notre pays dans le conflit Syrien? Je n'en vois aucun, mais vraiment aucun....

Une fois de plus, les Français passent aux yeux du Monde pour ceux qui se mêlent de tout et de n'importe quoi, et pour ceux qui se prétendent être les garants de l'éthique mondiale. Oui, nous savons bien donner des leçons au monde entier.... mais nous ne savons pas balayer devant notre porte.....

Economiquement, cela va nous coûter des milliards... N'avons-nous pas d'autres priorités? ...Alors que chez nous-mêmes, le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté n'a jamais été aussi grand (tout au moins depuis que les indicateurs existent), et que le nombre de chômeurs atteint chaque jour de nouveaux records... sans parler de la précarité qui gagne toutes les tranches d'âge et qui augmente notamment de façon importante chaque jour chez les personnes âgées..... Et cette dette que nous ne pourrons jamais rembourser, ni nous, ni nos enfants et ni même nos petits-enfants, tellement son montant atteint des sommets....

Et bien sûr, combien de morts devront-nous à nouveau compter dans un tel conflit, en Syrie, mais aussi peut-être chez nous.... Qui nous dit que des missiles au gaz Sarin ne sont pas pointés sur l'objectif de Paris?

Mais tout cela, nous en sommes conscients, et en grand nombre, puisque les sondages indiquent plus de 80% des Français en opposition à ce que la France s'engage dans ce conflit.

Et nombreux aussi au sein de la classe politique, et de tous bords, y compris au coeur même de la majorité actuelle, sont ceux qui s'élèvent pour dénoncer cet acte insensé!

Et encore une fois, François Bayrou a utilisé des mots justes et pleins de sens pour en parler, et je ne résisterai donc pas en guise de conclusion à vous faire copie de sa "Lettre ouverte au Président":


"Monsieur le Président,

Votre décision d'engager la France en Syrie est prise et l'attaque est imminente.

Je veux cependant vous dire à quel point cette décision est périlleuse. Cette décision est prise sans consultation du Parlement, à la différence de Cameron qui a respecté le refus des députés britanniques et aussi d'Obama qui a annoncé qu'il consulterait le Congrès et ne prendrait sa décision que dans dix jours.

Un tel pouvoir de décision sans consultation se justifie quand il y a urgence. Il est impensable cette fois-ci que le Parlement ne soit pas consulté.

Il y avait urgence au Mali. Il fallait agir dans la minute : vous l'avez décidé, vous avez bien fait, et je vous ai soutenu publiquement sans hésitation ni réserve.

En Syrie, la situation n'est pas la même. S'il est peu de doute qu'il existe des armes chimiques (les mêmes ont été si largement utilisées pendant la guerre de 14), les preuves indiscutables de la responsabilité de leur utilisation n'ont pas été apportées, comme l'a reconnu M. Cameron. Le fer et le feu continuent à faire des deux côtés de nombreuses victimes.

Vous créez un précédent : vous allez intervenir sans mandat des Nations unies, sans nos alliés européens, sans l'Otan, dans une action bilatérale avec les États-Unis. Ce que la France reprochait en 2003 à Berlusconi, à Blair, à Aznar, elle va l'accomplir aujourd'hui. Comment interdire à d'autres demain des interventions unilatérales ?

Vous allez intervenir avec des buts incertains. Vous annoncez que vous ne voulez pas renverser Assad et peser sur l'issue du conflit !… C'est une déclaration diplomatiquement hypocrite et qui n'a pas de crédibilité.

Il ne s'agit pas d'un "avertissement" : il s'agit d'une intervention faite pour mettre à genoux le régime actuel (à bien des égards détestable) et donner la victoire à ses adversaires... 

Qui sont ces adversaires ? À qui s'apprête-t-on à donner la Syrie et de larges pans de la région? À des forces fondamentalistes engagées dans une entreprise globale d'instauration de l'islamisme politique, au coeur de l'affrontement séculaire et désormais brûlant entre sunnites et chiites.

Qui seront les victimes ? D'abord ceux que nous frapperons directement, militaires et parfois civils ; ensuite les communautés minoritaires en Syrie, les différentes communautés chiites, les communautés chrétiennes d'Orient (qui adressent une supplique unanime pour qu'on renonce à cette attaque) ; enfin le Liban, dans l'existence et l'équilibre duquel nous avons une responsabilité historique et où des forces françaises sont engagées - et exposées - dans le cadre de la Finul…

La frappe n'est pas non plus la seule solution.

Il est une gamme de rétorsions, de poursuites et de sanctions, conduisant les coupables jusqu'au Tribunal pénal international, qui auraient le même effet dissuasif sans exposer aux mêmes risques. Et qui pourraient, elles, conduire à la seule solution que l'on doive espérer, négociation et solution politique protégeant toutes les minorités. La France a, vis-à-vis de la Syrie, du Liban et des communautés minoritaires religieuses et ethniques de la région, une responsabilité historique et affective.

Et la France a un devoir vis-à-vis d'elle-même !

Nous avons construit une image de la France au travers des décennies : de de Gaulle à Jacques Chirac lors du drame irakien, nous étions le pays qui parlait avec tous, et protégeait l'essentiel. Et ce n'était pas seulement une image : c'était notre identité et notre réalité. C'était un patrimoine pour notre pays.

Monsieur le Président, nous étions nombreux à avoir mis de l'espoir en votre modération et votre équilibre. Vous engagez la France dans une voie périlleuse.

Je souhaite me tromper, mais je voulais vous dire que vous faites courir un grand risque à l'avenir de la Syrie, aux minorités, au Liban, et à une certaine idée de la France qui ne s'aligne pas.

François Bayrou."


Michaël Manen

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