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07/09/2010

Affaire Sakineh: Respect de la religion ou ultime provocation de l'Iran ?

 

Nombreux sont ceux qui s'émeuvent de la condamnation de l'iranienne Sakineh Mohammadi Ashtiani à mort par lapidation.

 

Dans une société occidentale, cela paraît en effet révéler de la plus atroce des barbaries, primitive, ignoble, inhumaine et moralement scandaleuse. Mais qu'en est-il pour une société orientale ?

 

Les sociétés orientales sont régies par des gouvernements démocratiques ou non, mais tous généralement se référant à des préceptes religieux. Dans le cas des pays islamiques, la référence de base est le Coran, comme pourrait être la Déclaration des Droits de l'Homme pour les pays occidentaux. Les dirigeants des pays islamiques organisent leur pays avec des lois issues directement du Coran, ou via des interprétations proposées par des dignitaires religieux actuels ou anciens, pouvant notamment se référer à des hadiths, communications orales originelles du prophète Mahomet, et donc non écrites dans le Coran. La difficulté de se référer à ses hadiths et que cela passe par des interprétations humaines et des transmissions orales, avec toute la subjectivité que cela engendre. L'islam n'est pas la seule religion touchée par cette subjectivité, et c'est d'ailleurs quasiment toujours le cas pour toutes les religions. Ainsi, dans la religion catholique, les premiers évangiles sont déjà des récits interprétés de la vie et de la parole de Jésus, lui-même n'ayant jamais rien écrit. Et encore de quels évangiles parlons-nous ? Car l'église catholique prend référence des quatre évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean, et ne reconnaît pas les autres évangiles dits apocryphes de Barnabé, de Thomas, de Philippe....

 

Mais revenons à notre cas Sakineh! Et le problème n'est pas de savoir si elle est coupable ou non. Le problème n'est pas de savoir si elle a commis l'adultère ou non. Le problème n'est pas de savoir si elle a commandité l'assassinat de son mari ou non. Les problème est de savoir si nous, humains, nous pouvons nous prendre le droit de tuer quelqu'un à coups de pierre, sous prétexte de respecter une loi ? Car c'est là que se pose la vrai question selon moi.

Avons-nous le droit de disposer de vie et de mort sur nos frères et soeurs ? C'est un vieux débat, qui ramène simplement au fait qu'il existe ou non une loi pouvant permettre de condamner à mort un être humain... Et même les religions diffèrent sur ce point...

Et dans le cas où peut se concevoir le fait que de telles lois existent, qui – ou sous quel respect de quel précepte – nous permet d'utiliser violence et cruauté afin de donner la mort ?

 

Que nous dit le Coran ? 4:15 nous dit « Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d'entre vous. S'ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu'à ce que la mort les rappelle ou qu'Allah décrète un autre ordre à leur égard »

 

Cela signifie qu'en cas d'adultère reconnu, et pour cela il faut le témoignage de quatre personnes – peu évident d'avoir quatre véritables témoins de ce type de scène -, la femme serait condamnée à être enfermée dans sa maison jusqu'à sa mort.

 

Un autre verset du Coran, un peu plus loin, modifie tel que potentiellement prévu dans le verset cité, la sentence: « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. Et ne soyez point pris de pitié pour eux dans l'exécution de la loi d'Allah - si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Et qu'un groupe de croyants assiste à leur punition » 24:2)

 

La sentence, en cas d'adultère, est ainsi écrite dans le Coran comme devant être cent coups de fouet en public.

 

Nulle part n'est fait mention dans le Coran de lapidation. Certains disent qu'il existait autrefois un verset y faisant mention, et qu'il a été supprimé. Certains précisent également que si le verset a été supprimée, la sentence y afférente – la lapidation -, elle, ne l'a pas été dans la loi coranique.

 

En revanche, des hadiths y font mention, notamment rapportées par les imams Muslim et Bukhari au début du 5ème siècle. Ainsi, selon leurs écrits, un homme serait venu voir le prophète Mahomet et aurait demandé mon enfant était domestique chez cette personne et il a forniqué avec sa femme. Pour le dédommager, je lui ai proposé 100 ovins et un domestique. Mais je me suis renseigné auprès des érudits qui voient que mon fils mérite 100 coups de fouet et un an d'exil et que la femme de cette personne mérite la lapidation". Le prophète aurait dit : "Par Celui qui détient mon âme, je vais juger entre vous selon le Livre d'Allah : tes 100 ovins et ton domestique sont rejetés et ton fils aura 100 coups de fouet et un an d'exil. Ô Aniss ! Vas interroger la femme de cette personne, si elle avoue, alors lapide-la" La femme aurait avoué et a été lapidée.

 

Que penser de tout cela ? Si on se réfère au Coran, il n'existe pas de sentence par lapidation. Mais des textes sacrés islamiques, se référant à des hadiths, mentionnent cette sentence. Ainsi, l'Iran applique la loi sacrée sous ces préceptes les plus durs et il ne s'agit même plus d'intégrisme car force est de constater que les lois appliquées ne se réfèrent pas au seul texte du Coran mais à des écrits sacrés, interprétés, et à consonance souvent sectaire, tout au moins par leur application choisie, dure, sévère à l'extrême et surtout non adaptée au siècle dans lequel nous sommes.

 

Quel est le choix de l'Iran ? Le président iranien pourrait très bien commuer la peine de Sakineh en coups de fouet (châtiment qu'elle a d'ailleurs déjà subi) ou en peine d'emprisonnement, et cela même en se référant au Coran, ouvrage qui est sensé être au dessus - au terme de la loi islamique - de tous les hadiths ou autres textes sacrés.

Mais le fera-t-il? N'y verrait-il pas un aveu de faiblesse face aux pressions occidentales notamment ? Et – pire – n'y voit-il pas, en faisant exécuter la sentence lapidaire, une ultime provocation face à l'arrogance et la volonté de domination du monde occidental? Ou des représailles face au non-respect des différences de cultures, peuples ou religions, face à l'irrespect de certains dirigeants occidentaux ne voyant qu'un modèle de pensée unique, démocratique et athée ?

 

Il y a malheureusement tout lieu de penser qu'en effet, et pour simplement ces raisons, Sakineh perdra la vie dans les tous prochaine jours sous les jets de pierre et endurant d'atroces souffrances.

Et nous devons nous en offusquer haut et fort! Le crier au sein du monde entier, oriental, occidental et tout autre!

 

Et il ne s'agit pas de refaire le procès de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Que ce procès n'ait pas été réalisé de façon objective, cela est possible mais non avéré cependant. Ce n'est pas le jugement que nous devons condamner et même si nous pouvons ne pas être d'accord sur le principe de la peine de mort, en respect des lois d'autres pays, ce n'est pas tout à fait l'objet du scandale!

Ce qui est révoltant, scandaleux, honteux et barbare, c'est la façon, la manière de vouloir donner la mort! Ajouter à la peine, la souffrance, et la cruauté. De cela, nous devons nous en offusquer, et par des mots, des courriers, par voie officielle diplomatique ou non, et de toutes les manières, nous devons le dire: « Non au principe de lapidation! Arrêtons cela et condamnons le, au même titre que les génocides, les charniers humains, la torture et la barbarie...! »

 

Et, de grâce, essayons de construire, tous, sur Terre, un monde où toutes les idées, les peuples et les religions puissent cohabiter et s'enrichir culturellement et spirituellement, et vivre tout simplement en respect d'autrui, de la Terre et de la nature, et de soi!

Le Respect, une fois de plus, maître-mot qui devrait nous servir de guide à tous.....

 

Michaël Manen